Château Sonic
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Quelque chose ici m’avait échappé. Certains tendaient la main vers le ciel, semblant vouloir désigner un objet le parcourant. D’autres avaient l’air d’implorer les divinités, les paumes ouvertes et les visages tendus vers l’inconnu.

J’avais l’étrange sensation d’un basculement en cours ; comme si, l’espace d’un instant, je pouvais apercevoir, sous le poids des grands arbres frissonnants, les marges lointaines du monde. Loin des grands projecteurs, les regards se tournaient, les corps et les surfaces scintillaient, doucement, dans l’obscurité persistante.

Le château d’Avully, situé en Haute-Savoie, abritait une puissante famille seigneuriale avant d’échapper de justesse à sa destruction totale lors de la Révolution française. Ce monument historique est maintenant devenu le décor anachronique des expérimentations anticapitalistes, féministes et queer du festival Château Sonic.

Je m’étais donc égaré dans le chemin parcouru. Il y avait encore tout à construire. Il y avait encore de l’espoir, et peut-être même celui d’apercevoir le voyage des lucioles dans la nuit. Les regards portés vers les cieux ne parlaient donc pas d’une catastrophe à venir s’abattant depuis l’espace, mais plutôt du désir de construire, à son tour, un château de ses propres mains.

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Château Sonic
2024 - en cours

Quelque chose ici m’avait échappé. Certains tendaient la main vers le ciel, semblant vouloir désigner un objet le parcourant. D’autres avaient l’air d’implorer les divinités, les paumes ouvertes et les visages tendus vers l’inconnu. Je n’y avais pas vraiment prêté attention la première fois, happé par le rythme progressif et lancinant de la musique électronique. Beaucoup d’indices me faisaient maintenant penser qu’il se jouait, dans les jardins près du château, quelque chose d’unique. J’avais l’étrange sensation d’un basculement en cours ; comme si, l’espace d’un instant, je pouvais apercevoir, sous le poids des grands arbres frissonnants, les marges lointaines du monde. Loin des grands projecteurs, les regards se tournaient, les corps et les surfaces scintillaient, doucement, dans l’obscurité persistante.

Le château d’Avully, situé en Haute-Savoie, abritait une puissante famille seigneuriale avant d’échapper de justesse à sa destruction totale lors de la Révolution française. Ce monument historique est maintenant devenu le décor anachronique des expérimentations anticapitalistes, féministes et queer du festival Château Sonic. Depuis sa création en 2016, l’événement est devenu un véritable refuge politique et poétique. Chaque année se renouvelait une promesse collective : bâtir petit à petit une utopie à inventer, à expérimenter et à transformer. À Château Sonic, on se réunissait à l’abri du monde. Il ne s’agissait pas de se soustraire au réel, mais de le repenser autrement, à distance des logiques dominantes, pour mieux résister à leur emprise.

Je m’étais donc égaré dans le chemin parcouru. Il y avait encore tout à construire. Il y avait encore de l’espoir, et peut-être même celui d’apercevoir le voyage des lucioles dans la nuit. Les regards portés vers les cieux ne parlaient donc pas d’une catastrophe à venir s’abattant depuis l’espace, mais plutôt du désir de construire, à son tour, un château de ses propres mains. Peut-être pourra-t-on alors trouver dans ce contre-monde, si ce n’est un édifice aux proportions fantastiques, l’espoir d’une communion retrouvée entre les refoulés et les oubliés, et, comme dans un rêve, la promesse d’une forêt des songes aux désirs partagés.

Château Sonic
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Thomas Causin