Dark Age
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L’historiographie a pu qualifier d’âge sombre les périodes perçues comme négatives ou funestes dans l’histoire d’une civilisation, d’un peuple ou d’un territoire. Cette lecture décliniste continue de hanter notre rapport au présent et au passé, attisant l’angoisse contemporaine d’un temps sans horizon et nourrissant la nostalgie d’un âge d’or fabriqué de toutes pièces. À travers la construction du roman national, elle écarte tout moment historique qui ne serait pas conforme à une vision triomphante.

Par le glaive du progrès et l’éclat lumineux du fer dans la nuit, se rejoue l’opposition entre la lumière et l’obscurité, le bien et le mal, la morale et l’immoralité. Face à un présent qui n’apporte pas de réponse, en bas de l’escalier menant à un futur incertain, que reste-t-il à l’anti-héros déprimé, au doomer ?

Sur les réseaux sociaux, dans les milieux nationalistes ou du gaming, le titre post new-wave Little Dark Age du groupe MGMT est réinterprété comme un hymne revisitant l’esthétique classique et les stéréotypes de beauté antique. Cet étendard de la nouvelle génération numérique devient malgré lui le symbole d’une histoire fragmentée et lacunaire, dont les éléments ne réapparaissent dans le présent qu’à travers le prisme de la nostalgie.

Dark Age ne renvoie ni à un déclin civilisationnel, ni à une idéalisation du passé ou du présent, mais à une réalité matérielle rendue à l’absence : celle d’une époque où les traces archéologiques sont rares, effacées ou disparues. C’est la cartographie fragmentaire d’une histoire qui n’a pas laissé de récits clairs, où le sol ne parle plus et où les archives se taisent.

Les pièces manquent. Mais quelles sont-elles, et où se cachent-elles ? Quels enseignements pourraient-elles encore nous apporter ? Je tente d’en percer le mystère par l’exploration d’un territoire liminal, situé entre l’oubli et l’invention. Cet espace, c’est celui d’une zone trouble où le passé s’efface en même temps qu’il se réinvente ; où les formes anciennes résonnent sans que leur origine ne soit identifiable. Ce qui m’intéresse, c’est ce chemin spirituel qui peut être parcouru entre les formes archaïques inconscientes et les formes technologiques conscientisées.

J’ai l’espoir qu’il existe un monde en creux à celui que nous habitons, une antichambre secrète d’où émergeraient les symboles à interpréter pour réaliser notre propre exégèse. Mon travail est une reconstitution de rites, de lignes et de corps où les images ne se révèlent pas au travers d’espaces localisables dans le temps et dans l’espace, mais s’expriment plutôt de manière holistique, comme des épiphanies ou des frontières à franchir.

Quelque part entre le rêve et le fantasme, j’explore les associations ésotériques qu’il pourrait exister entre ces formes libérées des lieux et des cultures dont elles sont issues. J’épouse les conditions économiques contemporaines de la délocalisation pour rendre à la violence du monde une forme de réparation plastique qui a quelque chose à voir avec l’art fragmentaire : un mouvement orchestral lent que l’on opérerait dans le noir, dans l’espoir de voir apparaître les brèches du futur.

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Dark Age
2022 – en cours

L’historiographie a pu qualifier d’âge sombre les périodes perçues comme négatives ou funestes dans l’histoire d’une civilisation, d’un peuple ou d’un territoire. Cette lecture décliniste continue de hanter notre rapport au présent et au passé, attisant l’angoisse contemporaine d’un temps sans horizon et nourrissant la nostalgie d’un âge d’or fabriqué de toutes pièces. À travers la construction du roman national, elle écarte tout moment historique qui ne serait pas conforme à une vision triomphante. Par le glaive du progrès et l’éclat lumineux du fer dans la nuit, se rejoue l’opposition entre la lumière et l’obscurité, le bien et le mal, la morale et l’immoralité. Face à un présent qui n’apporte pas de réponse, en bas de l’escalier menant à un futur incertain, que reste-t-il à l’anti-héros déprimé, au doomer ? Sur les réseaux sociaux, dans les milieux nationalistes ou du gaming, le titre post new-wave Little Dark Age du groupe MGMT est réinterprété comme un hymne revisitant l’esthétique classique et les stéréotypes de beauté antique. Cet étendard de la nouvelle génération numérique devient malgré lui le symbole d’une histoire fragmentée et lacunaire, dont les éléments ne réapparaissent dans le présent qu’à travers le prisme de la nostalgie.

Dark Age ne renvoie ni à un déclin civilisationnel, ni à une idéalisation du passé ou du présent, mais à une réalité matérielle rendue à l’absence : celle d’une époque où les traces archéologiques sont rares, effacées ou disparues. C’est la cartographie fragmentaire d’une histoire qui n’a pas laissé de récits clairs, où le sol ne parle plus et où les archives se taisent. Les pièces manquent. Mais quelles sont-elles, et où se cachent-elles ? Quels enseignements pourraient-elles encore nous apporter ? Je tente d’en percer le mystère par l’exploration d’un territoire liminal, situé entre l’oubli et l’invention. Cet espace, c’est celui d’une zone trouble où le passé s’efface en même temps qu’il se réinvente ; où les formes anciennes résonnent sans que leur origine ne soit identifiable. Ce qui m’intéresse, c’est ce chemin spirituel qui peut être parcouru entre les formes archaïques inconscientes et les formes technologiques conscientisées.

J’ai l’espoir qu’il existe un monde en creux à celui que nous habitons, une antichambre secrète d’où émergeraient les symboles à interpréter pour réaliser notre propre exégèse. Mon travail est une reconstitution de rites, de lignes et de corps où les images ne se révèlent pas au travers d’espaces localisables dans le temps et dans l’espace, mais s’expriment plutôt de manière holistique, comme des épiphanies ou des frontières à franchir. Quelque part entre le rêve et le fantasme, j’explore les associations ésotériques qu’il pourrait exister entre ces formes libérées des lieux et des cultures dont elles sont issues. J’épouse les conditions économiques contemporaines de la délocalisation pour rendre à la violence du monde une forme de réparation plastique qui a quelque chose à voir avec l’art fragmentaire : un mouvement orchestral lent que l’on opérerait dans le noir, dans l’espoir de voir apparaître les brèches du futur.

Dark Age
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Thomas Causin