Depuis 2008, le Samoëns American Festival rassemble, tous les ans, les adeptes de l’histoire et de la culture américaine. Le temps de quelques jours seulement, et comme si toute la chronologie avait été compressée, le village de Samöens, situé au cœur de la Haute-Savoie, se transforme pour accueillir les représentations made in USA les plus populaires. L’anachronisme qui découle de l’affrontement de ces mythes est fascinant. Le spectateur vagabonde d’un tableau à l’autre, où se redessine, à chaque fois, des formes pittoresques d’appropriation culturelle ; comme si l’espace d’un instant, la région de Haute-Savoie avait la tentation de conquérir l’histoire des États-Unis, histoire qui a d’ailleurs elle-même absorbé les cultures amérindiennes et européennes pour se constituer.
Il est ironique que la première édition du festival ait eu lieu pendant la crise financière de 2008, produit dérivé tout droit importé de Wall Street. C’est quand l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde et que sa domination sur l’Union européenne commencent à être remises en question, qu’il faut alors raviver les imaginaires et les fantasmes. Quoi de mieux alors que les représentations d’une Amérique éternelle et salvatrice pour une terre rurale et industrielle en crise ?
Les ressorts économiques souterrains, alternatifs et autogestionnaires hauts-savoyards fascinent par la potentialité d’un modèle local et écologique désirable, ancré au territoire, à sa tradition industrielle et agricole. Au fond des vallées, cette utopie s’associe pourtant de manière ambiguë à des formes radicales de libéralisme, qui n’est pas sans rappeler la résurgence libertarienne aux Etats-Unis ; le rejet de l’Etat, des institutions et du monde urbain. L’élection de Donald Trump en novembre 2025 par l’électorat populaire américain éclaire les contradictions et le trouble de la représentativité politique que je tente de documenter ici, en Haute-Savoie.
En lisière des festivités, les formes télévisuelles et cinématographiques d’Hollywood disparaissent peu à peu. De la communauté rassemblée, ne restent plus que les indices échoués le long des routes, dans le repli des montagnes ou à l’orée des forêts de sapins.
Je documente les liens fragiles entre ces pionniers ou leurs descendants, la relation qu’ils entretiennent avec leur identité et leur territoire. La manière dont ils résistent, transforment leur pays, en marge des grandes villes, a rendu tangible la possibilité d’un ailleurs. Cet ailleurs, c’est celui de Sapaudia ; une Haute-Savoie rêvée et instable, un État fédéré d’une Amérique fantasmée et impériale, un espace-temps autonome créé de toutes pièces à partir des lambeaux du passé et du futur, de la réalité et du rêve, de la vérité et du complot.
Depuis 2008, le Samoëns American Festival rassemble, tous les ans, les adeptes de l’histoire et de la culture américaine. Le temps de quelques jours seulement, et comme si toute la chronologie avait été compressée, le village de Samöens, situé au cœur de la Haute-Savoie, se transforme pour accueillir les représentations made in USA les plus populaires. L’anachronisme qui découle de l’affrontement de ces mythes est fascinant. Le spectateur vagabonde d’un tableau à l’autre, où se redessine, à chaque fois, des formes pittoresques d’appropriation culturelle ; comme si l’espace d’un instant, la région de Haute-Savoie avait la tentation de conquérir l’histoire des États-Unis, histoire qui a d’ailleurs elle-même absorbé les cultures amérindiennes et européennes pour se constituer. Il est ironique que la première édition du festival ait eu lieu pendant la crise financière de 2008, produit dérivé tout droit importé de Wall Street. C’est quand l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde et que sa domination sur l’Union européenne commencent à être remises en question, qu’il faut alors raviver les imaginaires et les fantasmes. Quoi de mieux alors que les représentations d’une Amérique éternelle et salvatrice pour une terre rurale et industrielle en crise ?
C’est au mois de juin 2024 que démarre mon enquête, lors de la 15ème édition du festival américain de Samoëns. J’ai pu y trouver les premiers indices aux questions qui ne cessaient de bouleverser mon rapport à cette région, à sa compréhension et à sa représentation. Ce qui s’est joué ici a été pour moi représentatif d’une réalité hypothétique, d’une intuition devenue presque irrationnelle ; celle de l’influence de la culture américaine sur la Haute-Savoie, et plus particulièrement, sur les vallées industrielles, les paysages ruraux et alpins, que j’arpente depuis 2018. Les ressorts économiques souterrains, alternatifs et autogestionnaires hauts-savoyards fascinent par la potentialité d’un modèle local et écologique désirable, ancré au territoire, à sa tradition industrielle et agricole. Au fond des vallées, cette utopie s’associe pourtant de manière ambiguë à des formes radicales de libéralisme, qui n’est pas sans rappeler la résurgence libertarienne aux Etats-Unis ; le rejet de l’Etat, des institutions et du monde urbain. L’élection de Donald Trump en novembre 2025 par l’électorat populaire américain éclaire les contradictions et le trouble de la représentativité politique que je tente de documenter ici, en Haute-Savoie.
En lisière des festivités, les formes télévisuelles et cinématographiques d’Hollywood disparaissent peu à peu. De la communauté rassemblée, ne restent plus que les indices échoués le long des routes, dans le repli des montagnes ou à l’orée des forêts de sapins. Il s’agit là des points de départ à partir desquels je retrace la piste américaine : à travers les paysages, les rencontres et les artefacts qui m’y conduisent. Je documente les liens fragiles entre ces pionniers ou leurs descendants, la relation qu’ils entretiennent avec leur identité et leur territoire. La manière dont ils résistent, transforment leur pays, en marge des grandes villes, a rendu tangible la possibilité d’un ailleurs. Cet ailleurs, c’est celui de Sapaudia ; une Haute-Savoie rêvée et instable, un État fédéré d’une Amérique fantasmée et impériale, un espace-temps autonome créé de toutes pièces à partir des lambeaux du passé et du futur, de la réalité et du rêve, de la vérité et du complot.