THOMAS CAUSIN



Né en 1993 à Nancy, Thomas Causin est un architecte et photographe français, travaillant à Genève. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg en 2018, son projet de diplôme s’intéresse aux devenirs potentiels des territoires agricoles au sud de Shanghai, questionnant plus largement la place des campagnes face au processus de métropolisation. Portant le regard sur un monde sans échelle, formé par la dérégulation, l’homogénéisation et le tout-métropole, sa pratique artistique se connecte, avant toute prise de vue, à l’immédiat politique. Entre géométrie néoréaliste et songerie fictionnelle, ses photographies s’approprient les traits de fin du monde que revêt l’apparente dislocation des corps, des espaces et des identités, afin d’en envisager une forme de réparation. Une réparation qui passe principalement par l’association d’images à la fois réminiscentes et naissantes, à partir de ce qui fait limite: entre ruralité et urbanité, campagne et métropole, nature et culture.

Toutes les photographies visibles sur ce site sont disponibles à la vente, sur demande. Les tirages sont édités en 8 exemplaires, numérotés et signés. N’hésitez pas à me contacter.


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Thomas Causin
Auteur photographe
+33 6 86 64 64 75
causinthomas@gmail.com
@thomascausin

Panorama Zéro

2017 — 2020


Depuis la libéralisation économique de Shanghai en 1992, son processus de métropolisation devient tel, qu’en l’espace d’une vingtaine d’années seulement, sa population passe de 8 millions d’habitants à 25 millions. Devant la croissance démographique projetée, elle atteindrait les 35 millions d’habitants en 2040. Dans l’une des plus grandes villes au monde, le maillage technique et infrastructurel semble être le principal outil pour le déploiement métropolitain. L’extension de la supersurface et l’émergence de villes satellites connectées au réseau global ne cessent d’opérer la destruction d’un territoire rural singulier, caractéristique de pratiques et valeurs réminiscentes. Dans cette ultra-compression radicale, simultanéisation des temporalités et juxtapositions spatiales définissent le territoire shanghaien, où les réalités semblent davantage se superposer plutôt que se succéder. A l’infrastructure menaçante – outil d’une urbanisation radicale – s’ajoute, depuis la prise de conscience chinoise des contraintes alimentaires pesant sur sa société, l’infrastructure structurante – outil pour le maintien d’un territoire nourricier. L’équation urbaine proposée semble s’appuyer sur deux faces d’une même pièce : maintenir et structurer les territoires nourriciers ou programmer leur disparition devant l’urbanisation et l’investissement. Entre le centre-ville de Shanghai et les campagnes au sud de la métropole, le parcours de la ligne de métro numéro 16 est parfaitement représentatif de ce paysage en pleine transformation. Plus l’on s’avance vers la périphérie, plus les traces d’une véritable manufacture du paysage se révèlent à nous. Les territoires nourriciers s’entremêlent aux nouveaux parcs urbains, les rochers au béton, l’organique au plastique, la tradition à l’industrie. Les plans sont réduits en miettes, et le paysage atomisé. Les matières, motifs et textures se répètent et fragmentent le paysage en petits morceaux, lignes et cavités. Chaque feuille, chaque agrégat, chaque fruit en décomposition, chaque bâche plastique ; chaque élément qui était constitutif du paysage s’autonomise, conférant à la modernité se construisant sous nos yeux l’image de nature morte, en pourrissement. Le long d’une ligne de béton et d’acier, c’est toute la fabrique de la pierre, du bitumineux, du sable et du ciment qui se dessine. Les ruines à rebours s’érigent dans ce paysage pétrifié à la gloire de la révolution des empires. On a l’étrange sensation que se rejoue ici les récits de Smithson à propos de l’usine de béton à Passaic, mais cette fois-ci, dans une traversée du désert sous le ciel vitrifié de la Chine.